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Secret familial et apprentissage scolaire - Antony

QUESTION 4 :

Je m’appelle Valérie et j’ai 34 ans. Après bien des difficultés dans la vie, j’ai rencontré mon mari, dont je suis toujours très amoureuse. Nous avons une petite fille, Noémie, qui a 7 ans. Elle est en CE1, mais les enseignants sont inquiets, car elle ne veut rien apprendre. Ils sont bons pédagogues, je n’en doute pas, mais ils disent qu’elle est très inhibée, et ne veut « rien savoir ».
Il se trouve que j’ai un ami psychologue qui m’a expliqué qu’il trouvait « bizarre » que je ne parle jamais de mon frère, de 3 ans plus âgé que moi, qui séjourne en hôpital psychiatrique depuis 10 ans. Il serait schizophrène. Il est vrai que je n’en ai jamais parlé à ma fille, mais je sais qu’elle le sait. Mon ami psychologue me dit qu’il est probable que son échec scolaire soit dû au fait qu’elle ne veut pas savoir, car savoir (apprendre) est trop dangereux et peut déboucher sur des faits pénibles à penser. J’ai du mal à comprendre. Qu’en pensez-vous ?

RÉPONSE :

Votre ami psychologue a probablement mis le doigt sur un aspect important de la vie psychique de votre fille. Sans doute, le fait que vous parliez peu ou pas de votre frère l’effraie : la psychiatrisation, la schizophrénie, bref la folie sont effectivement des événements inquiétants. Le mutisme à ce propos amplifie les angoisses.
De ce fait, ce n’est qu’une hypothèse et non une interprétation, il est possible que votre fille ait conçu l’idée que « savoir » est dangereux et qu’il vaut mieux ne pas savoir. D’où les difficultés à apprendre : que vais-je apprendre d’angoissant ? Je préfère m’en passer.
Bien sûr, dans votre esprit, il n’est aucun rapport entre l’apprentissage scolaire et la psychiatrisation de votre frère. Mais votre fille - et ce n’est pas un cas rare - a fait le lien : le savoir est dangereux.
Qu’est-ce qui vous empêcherait de lui parler de votre frère, avec ce que vous savez ou  ce que vous ne savez pas ? De manière simple, authentique, avec vos mots à vous ? Voilà qui sans doute la libérerait d’un poids, et probablement à long terme, lui permettrait de comprendre que le savoir peut être douloureux mais qu’il est nécessaire. Les non-dits et les secrets peuvent être très pathogènes. Il vaut mieux dire son embarras que tout camoufler, ainsi va la vie.


François SIMONNET - Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste à Antony près de Fresnes.