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Parents d’enfants adoptés - Antony

QUESTION :

Nous avons avec mon mari adopté une petite fille, que nous avons appelé Laurie et qui a aujourd’hui 13 ans. Elle vient de Colombie et n’avait que 3 ans lorsque nous l’avons connue.
Nous reconnaissons que nous l’avons beaucoup gâtée lorsqu’elle était toute petite, à la fois parce que nous étions heureux de l’avoir (il nous a été très dur à vivre de constater que nous ne pouvions pas avoir d’enfant naturellement) et ensuite parce que nous savons peu de choses de sa naissance, sauf qu’elle aurait été abandonnée par sa mère, trop pauvre pour la garder.
Mais voilà que depuis quelque temps, il lui arrive assez souvent, lorsque quelque chose lui déplait, de se mettre en colère après nous en criant qu’elle n’a pas d’ordre à recevoir du fait que nous ne sommes pas ses vrais parents.
Nous sommes de plus en plus désarmés et avons de plus en plus conscience que nous perdons toute autorité sur elle. Que nous conseillez-vous ?

RÉPONSE :

Si cela peut vous rassurer, vous n’êtes pas les seuls parents adoptants dans cette situation. Ce que vous décrivez est très fréquent.
On imagine assez facilement que vous ayez beaucoup gâté votre enfant vu les conditions dont vous faites mention. Peut-être un peu trop…
Ce qui me frappe est que Laurie ait 13 ans, elle aborde l’adolescence et donc les crises qui lui sont généralement associées. On peut penser que c’est sa façon à elle de se révolter contre l’autorité et elle vous vise au plus sensible de deux manières :
  1. En remettant à jour les difficultés narcissiques que vous avez connues lorsque vous avez compris que vous ne pourriez pas avoir d’enfant naturellement.
  2. En exprimant sa propre blessure narcissique de ne pas connaître ses parents d’origine et d’avoir été abandonnée.
Vous êtes-vous donné la possibilité de parler avec elle à la fois de ce que vous avez éprouvé devant le fait de ne pas pouvoir avoir d’enfant et en même temps du bonheur que vous avez eu de l’adopter ? Le verbaliser au maximum avec les mots qui sont les vôtres serait la meilleure des choses ; ce ne peut qu’aider à ce qu’elle élabore la question de ses propres origines (pas facile d’assumer d’être d’origine quasi-inconnue) ainsi que la manière dont vous l’éduquez avec les dispositions psychiques qui sont les vôtres.
Si vous savez que sa mère l’a abandonnée par manque de moyens matériels, vous pouvez peut-être faire entendre à votre fille que cet abandon, malgré les apparences, était sans doute un acte d’amour, qui a permis que ses conditions de vie soient bien meilleures que ce qu’elle aurait connu.
En tout état de cause, dites-vous bien aussi que cette révolte d’adolescente aurait sans doute eu lieu, même s’il n’y avait pas eu adoption. L’adoption, ici, peut être un prétexte plus qu’autre chose : il est essentiel de ne pas focaliser tous les problèmes sur cette question.
Par ailleurs, peut-être serait-il possible de vous donner les moyens de rencontrer d’autres parents adoptants et de permettre à Laurie - si ce n’est déjà fait - de prendre contact avec d’autres enfants adoptés.
Je crois qu’à long terme, chacun y trouverait son compte.


François SIMONNET - Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste à Antony près de Fresnes.