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De l'importance de l'histoire des parents - Antony

QUESTION

J'ai un enfant de 15 ans, Cédric, et je vis avec mon mari assez harmonieusement, malgré quelques petits problèmes passagers de la vie quotidienne. Mais voilà que depuis peu, Cédric ne cesse de m'interroger sur l'histoire de mon propre père qu'il n'a jamais connu. Il se trouve que moi-même je n'ai pas connu mon père, décédé alors que j'avais 3 ans et que ma mère est morte d'un cancer alors que j'avais 6 ans. J'ai été élevée par mon oncle - frère de mon père - qui n'a jamais voulu me parler de ce dernier sauf pour me faire entendre que sa mort était peut-être due à un suicide et, qui plus est, pour des raisons politiques ou militaires auxquelles je ne comprends rien du tout. Mon mari ne veut rien savoir. Il trouve ce sujet trop compliqué. Que dois-je dire à mon fils, et faut-il qu'il engage une thérapie comme des amis me l'ont conseillé ?

RÉPONSE

Il est, malgré les apparences et les angoisses qui sont les vôtres, tout à fait heureux que votre fils vous interroge sur votre père. Il essaie de se situer dans la généalogie de sa famille, et rien n'est mieux pour sa santé mentale. Que cela vous mette en difficulté n'a rien d'étonnant, sachant que vous avez peu connu votre père et que sans doute - d'après votre oncle - les circonstances de sa mort restent peu claires. L'important est que vous puissiez dire à votre fils qu'il y a bien des choses que vous-même vous ne connaissez pas de la vie de votre famille d'origine mais que, malgré les difficultés, voilà qui ne vous a pas empêché de vivre. Il est essentiel pour lui de bien faire la part des choses entre ce que l'on ne connaît pas et ce qui figure comme "non-dit". Il est des choses que l'on ignore, d'autres qui sont sues mais cachées ; voilà la différence à faire.

Il est donné à tout le monde, avec l'héritage et le paysage psychologique qui est le sien, de jouer ses propres cartes de vie, même avec les énigmes qui subsistent, lesquelles, aussi difficiles qu'elles soient à vivre (objet d'angoisse) peuvent aussi donner de l'énergie. Voilà qui rend les énigmes fécondes psychiquement parlant. Ce sont des éléments que peut-être il pourrait élaborer dans sa thérapie individuelle. Ce serait sans doute souhaitable. Et ce que l'on peut envisager de mieux, c'est qu'il conçoive que justement, on ne comprend pas toujours la vie de sa famille, mais que non seulement ça n'empêche pas de vivre, mais que ce peut être un moteur de vie. Voilà qui peut paraître un peu compliqué, mais qui peut se penser peu à peu, et qui aide à la construction de sa propre identité. Autrement dit, il faut que vous puissiez donner à votre fils des éléments de représentations psychiques (ce qu'on appelle dans la vie courante : "se faire une idée"), tout en lui donnant à penser qu'il peut y avoir des vides.Sans doute vous-même êtes-vous confrontée à ces vides. Vous pouvez le lui signifier. Il pourra ainsi s'appuyer psychiquement sur vous. Adolescent qu'il est, il a besoin de s'adosser à son histoire, même avec toutes les complications qu'elle comporte. Mais au moins il aura pu la parler.

François SIMONNET, en réponse un lecteur, 2002
Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste à Antony près de Fresnes.

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