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De l'importance des enveloppes psychiques dans un travail psy - Antony


Il a souvent été dit que la cure psychanalytique faisait peu de place aux affects et qu’elle risquait d’engager à une intellectualisation ou à une rationalisation défensive, que la mise en jeu du corps et des affects n’existait pas suffisamment.
Voilà qui ouvre à beaucoup de réflexions théorico-cliniques de la part des psychanalystes. Est-ce si sûr que la cure psychanalytique classique évite aux affects de s’exprimer ?
En tout état de cause, le psychodrame psychanalytique (souvent complémentaire à une psychanalyse classique) a le mérite (et il y en a beaucoup d’autres) de mettre en jeu, à travers les scènes jouées, le corps et donc les affects, sans aucun doute de manière différente que dans la cure. Les mouvements du corps, les postures physiques peuvent traduire des éléments psychiques inconscients, non verbalisés, mais qui sont justement essentiels et à mettre en mots, autant que possible.

Cet article voudrait mettre en évidence plusieurs points cliniques essentiels : 

1) La singularité du sujet.
Engager une thérapie ou une psychanalyse, c’est se donner les moyens de penser son identité et notamment de penser son histoire.
On peut se trouver dans une situation difficile : soit professionnellement, soit affectivement. Reprendre les éléments psychiques marquants de sa vie (traumatismes, impact de la vie des parents) semble nécessaire. Mais il ne faut pas s’y tromper. Si l’histoire du sujet est importante, le sujet ne s'y réduit pas. Et il n’est pas question d’opter dans sa pensée pour une sorte de déterminisme absolu. Un sujet, et c’est heureux, est toujours au-delà… Il s’agit de se rendre propriétaire de sa propre singularité, même si on ne sait pas l’expliquer. La vie psychique ne se traduit jamais sur papier millimétré. Faute de quoi, on tomberait dans une sorte de terrorisme interprétatif qui, bien sûr, est à éviter. D’où l’intérêt de se donner libre expression et d’accueillir l’inconnu. Disposition psychique parfois angoissante, mais souvent, au combien féconde. 

2) Les dispositions psychiques.
D’où l’idée - dans un travail psy - de reprendre les éléments cruciaux de son histoire sans pour autant en faire des « causes absolues ». Et pour une bonne raison : de la réalité effective, nous ne saurons jamais tout, simplement (l’humain est ainsi fait) parce que nous ne pouvons en avoir que des représentations.
Et c’est justement sur ces représentations que les psy travaillent. Il s’agit bien de faire évoluer les dites représentations pour qu’un sujet puisse modifier ses dispositions psychiques au monde et de se donner les moyens de nouvelles ouvertures pour vivre. 

3) Des enveloppes psychiques.
Il faut maintenant en venir, d’où le titre de cet article, à une dimension psychologique essentielle, qu’on pourra appeler : « les enveloppes psychiques » ; qu’est-ce à dire ?
Tout n’est pas psychologique. Il est des données idéologiques, culturelles, sociologiques, économiques qui ont un impact important sur la vie psychique, et il est essentiel d’en tenir compte. On ne peut isoler le champ psychologique de manière abstraite. C’est la « globalité » du sujet qu’il s’agit de prendre en compte. Et ce sont ces différentes dimensions (idéologiques, culturelles, sociologiques, économiques) que l’on pourra appeler des « enveloppes psychiques », c'est-à-dire des lieux où la vie psychique évolue ou – on pourrait presque dire - comme à travers les conditions prescrites par le contexte ou l’environnement. 

4) L’appareil à penser.
Ceci étant dit, on comprendra facilement que penser son histoire psychologique nécessite aussi de penser les autres dimensions citées plus haut.
Mais encore faut-il, pour que cela puisse se faire, se donner les moyens et les catégories de pensées pour penser ces différentes dimensions. Tout un programme ! Pas si simple mais très fécond.
D’où l’importance de se donner de nouveaux moyens conceptuels, de manière à adopter les meilleurs outils à ses « objets psychologiques ». Très important pour prendre conscience de son identité et pour se donner les moyens de la faire évoluer.
On pourra se référer à Bion qui parle de « l’appareil à penser les pensées ». Penser sa personne ne peut que passer par la construction progressive de cet appareil qui sert en même temps de contenant permettant de garder une unité à sa propre personne. 

5) Richesse du travail en groupe.
De ce fait, le travail des psy doit favoriser la construction de cet appareil. C’est ainsi qu’un(e) thérapeute peut servir de « prête-mots » (mettre des mots sur des choses) et que l’intérêt du travail en groupe est l’important, au sens où les « comparaisons de vie » ou les « différences culturelles » élargissent et enrichissent considérablement la vie psychique. 

CONCLUSION

On peut conclure ces quelques lignes en disant ceci : la prise de conscience et la pensée de ces enveloppes psychiques ont l’intérêt de promouvoir l’individuation (rien à voir avec l’individualisme), c'est-à-dire la construction de son identité, avec ses contours, ses pourtours, et surtout ses possibilités de mouvement et d’évolution. C’est le but du jeu (je). Et c’est justement cette individuation qui permet la vie de relation. 

François SIMONNET - Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste à Antony près de Fresnes.


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