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Des enfants qui volent - Antony

QUESTION :

     Mon fils Sébastien a 11 ans. Il se porte bien et tous ses enseignants s’accordent à dire qu’il est intelligent et promis à un avenir brillant. Mais voilà que depuis un an, il vole très souvent. Dans les magasins, quels qu’ils soient, il prend tout ce qu’il peut prendre : des jeux vidéo, des vêtements, même des baskets. Récemment il a même volé un vélo pour enfant, qu’il a camouflé dans le coffre de ma voiture avec une habileté qui m’a laissé sans voix.
À plusieurs reprises, je l’ai disputé, je l’ai puni. Il me répond invariablement que ce n’est pas lui, que c’est sa main.
Le comble, c’est qu’il est convaincu de sa bonne foi : je ne sais plus que penser, je suis désarmée. Je suis de plus en plus angoissée, d’autant plus que mes parents étaient peu aisés et que j’ai tout fait pour qu’il ne manque de rien : la maison est remplie de jouets.

RÉPONSE :

Il est étonnant que dans votre question, il ne soit pas question de son père. Un père reste tout de même le représentant de la loi. Qu’en avez-vous fait ?
Par ailleurs, vous expliquez que vous avez tout fait, vu le peu de moyens de vos parents, pour que votre fils ait tout ce qu’il lui faut. Voilà qui part d’une bonne intention, mais qui peut-être résonne dans votre esprit comme une sorte de compensation… Votre fils doit le sentir.
Lui avez-vous parlé de vos parents, des conditions de vie de votre enfance, quel sens a pour lui la vie ? Ce sont des questions dont il faut parler.
Je serais tenté de dire que tout se passe, d’après votre question, comme si vous aviez mis votre point d’honneur à donner à votre fils ce que vous n’aviez pas reçu vous-même. Autant votre réaction est très compréhensible, autant le danger est grand : le risque, c’est que votre fils conçoive le sens de la vie dans l’avoir. D’où ces vols ? Plus on a, plus on est ?
Il est donc tout à fait essentiel que pour vous et pour lui, vous puissiez élaborer cette idée que ce n’est pas l’avoir qui fait l’être. Il faut bien qu’il comprenne que la valeur de sa vie ne tient pas à ses objets de possession.
Lorsque votre fils vous dit : « ce n’est pas moi, c’est ma main » je crois qu’il vous signifie que « c’est plus fort que lui ». Manière de dire qui, pour un psychanalyste, n’est pas anodine, que c’est l’histoire familiale dont il a hérité et qui l’habite, qui agit malgré lui. À vous d’élucider pour vous-même toutes ces questions, de lui en faire part en fonction de son âge ; tout le monde a à y gagner : vous, votre fils et son père.


François SIMONNET -  Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste à Antony près de Fresnes.